Réflexion | Reflection

Blog: Ne soyez pas un de ces types (Sur le harcèlement sexuel à l’université) | Don’t be that guy (On sexual harassment in academia

Bérénice K. Schramm nous propose la traduction d’un post de blog publié en 2013 et qui reste malheureusement bien utile: Don’t Be that Guy: Handy Tips for the Male Academic.

Ne soyez pas un de ces types: conseils pratiques pour l’universitaire mâle

Il existe pléthore de recherches sur les causes sous-jacentes à la nature souvent hostile du monde universitaire pour les femmes ainsi qu’à leur sous-représentation dans nombre de domaines de recherche. On trouve des groupes de soutien pour les femmes, des associations ou sociétés dont les activités sont entièrement consacrées aux universitaires femmes (en général et selon leur domaine d’expertise), des ateliers qui leur sont dédiés, ainsi que d’innombrables articles et blogs qui s’intéressent à ce sujet. Ces initiatives sont importantes mais un élément ne doit pas être négligé: l’égalité de genre doit être une entreprise collaborative. Si les hommes constituent la majorité des chercheurs dans la plupart des facultés ou départements universitaires, comités éditoriaux, comités scientifiques, laboratoires et panels de conférences, ils doivent être des alliés de la cause de l’égalité étant donné qu’ils sont tout simplement plus nombreux. Et quoique je voudrais qu’il en soit autrement, lorsqu’il s’agit de sexisme, les hommes ont tendance à plus écouter leurs pairs. J’ai aussi découvert qu’il existe beaucoup d’hommes qui épousent la cause d’un point de vue théorique mais qui ne sont pas conscients que leurs (petites et grandes) actions du quotidien contribuent à perpétuer les inégalités entre les genres. Bref, les gars, ce post est pour vous.*

  1. Utilisez les dénominations adéquates lorsque vous écrivez à une universitaire.

N’appelez pas votre collègue professeur femme “Mademoiselle” ou “Madame”. N’écrivez pas à une collègue en usant du “Madame” alors que vous diriez “Dr.” ou “professeur” à un collègue homme. L’histoire entourant la problématique du titre est longue et difficile et je peux vous garantir que la plupart des femmes y sont très sensibles. Montrez que vous n’êtes pas l’Un de ces Types en respectant les titres des

universitaires femmes, au moins lors du premier contact ou de la première rencontre.

  1. Ne faîtes pas de commentaire sur l’apparence d’une femme dans un contexte professionnel. Votre intention n’a pas d’importance ou de pertinence. De même, ne lui dîtes pas qu’elle ne ressemble pas à une scientifique/professeur/universitaire, qu’elle a l’air trop jeune, ou qu’elle devrait sourire.
  2. Ne parlez pas alors que vos collègues femmes ont déjà pris la parole. Les hommes et les femmes communiquent différemment du fait de leur conditionnement social respectif. Vous n’êtes peut-être pas conscients que vous le faîtes mais si vous vous rendez compte que vous interrompez ou parlez alors qu’une femme est déjà en train de le faire, arrêtez immédiatement.
  3. Evitez de faire des remarques d’ordre sexuel (ou relatives à la tenue vestimentaire, etc., qui sont sexuellement explicites ou suggestives) même si cela concerne des collègues.
  4. Assurez-vous que les séminaires de vos départements ou facultés, les colloques ou conférences, les comités scientifiques ou les panels de discussion sont composés de manière équilibrée du point de vue du genre. Si une femme refuse votre invitation, demandez-lui conseil pour une alternative; ne laissez pas tomber. Réalisez que si les femmes sont une minorité dans votre programme ou discipline, elles recevront alors un nombre disproportionnellement plus important d’invitations à faire partie de comités ou à donner des présentations. Soyez sensible à cela!
  5. Faîtes attention à qui organise les fêtes, cadeaux collectifs ou encore pots de départs en vacance. Assurez-vous que ce ne sont pas les femmes de votre laboratoire, département ou organisation qui sont, de manière disproportionnée, en charge de ce genre de tâche. Proposez-vous pour le faire vous-même ou suggérez qu’un collègue homme le fasse la prochaine fois.
  6. Lorsque il y a besoin d’un secrétaire de séance, d’aller chercher du café ou de prendre les commandes pour le déjeuner lors de votre prochaine réunion, portez-vous volontaires. Ne faîtes pas en sorte que ces tâches retombent sur les femmes, même si elles ont plus facilement tendance à se proposer (nous sommes conditionnées socialement à le faire). Assurez-vous que l’on ne demande pas aux femmes de le faire plus qu’aux hommes.
  7. Ne refusez pas qu’une femme vous tienne la porte, ni n’insistez pour porter leur matériel de terrain, ou renforcez d’une autre manière le stéréotype selon lequel les femmes méritent un traitement de faveur du fait de leur genre. Offrez votre aide mais n’insistez pas si elle est refusée.
  8. Prenez en charge une part égale des tâches domestiques et de la garde des enfants à la maison. Les femmes (y compris celles qui sont des universitaires) sont souvent disproportionnellement responsables de ces tâches par rapport à leurs partenaires universitaires hommes. Déterminez si l’organisation et la gestion de votre foyer sont égalitaires.
  9. Au cours d’une séance de questions-réponses, donnez la parole aux femmes. Soyez un bon modérateur et assurez-vous que les hommes ne dominent pas la conversation en parlant alors qu’une femme est déjà en train de le faire. Pour des évènements avec un public important, utilisez des micros sans fil, plutôt que sur pied, pour encourager les femmes à donner leur avis (cela marche!).
  10. Renseignez-vous sur le sexisme bienveillant (ou “benevolent sexisme”).
  11. Renseignez-vous sur ce qu’est le “mansplaining” (ou “mâlexpliquer”) (je ne rentrerai pas en matière ici sur la question de savoir si le terme est adéquat ou pas.)
  12. Renseignez-vous sur ce qu’est l’argument de ton (ou “tone argument”). Ne l’employez pas. N’excluez pas de la conversation vos collègues femmes parce qu’elles sont soit-disant en colère, ou émues, ou n’ayant pas usé du ton qui vous semblerait être le plus adéquat.
  13. Apprenez à vous excuser lorsqu’une personne vous fait remarquer que votre comportement est inapproprié.
  14. Ne vous en remettez pas aux femmes pour mener des actions en faveur d’une plus grande diversité. Dans vos départements et institutions, soyez proactifs plutôt que réactifs. Parlez ouvertement dans vos institutions, avec vos étudiants et vos collègues, des incidents qui créent ou encouragent un environnement hostile pour les femmes. Si vous êtes témoin d’un geste ou d’un discours sexiste, dîtes à leur auteur que cela n’est pas acceptable. Soutenez activement vos collègues femmes lorsqu’elles sont victimes de sexisme.
  15. Adoptez des outils et pratiques d’enseignement qui promeuvent l’égalité de genre. Montrez vous-même l’exemple avec vos étudiants.
  16. Faîtes attention à qui vous invitez pour des rencontres informelles entre collègues. Si vous sortez souvent avec des membres de votre laboratoire ou de votre département, faîtes un effort pour inviter également vos collègues femmes. En ne faisant pas cela, vous les excluez de ces situations informelles au cours desquels des opportunités de recherche ou des idées sont échangées.
  17. Assurez-vous que vous êtes bien au fait des biais de genre existant dans les pratiques éditoriales des revues scientifiques. Si vous êtes un éditeur, informez-vous sur le ratio de genre des membres de votre comité de lecture. Prenez des mesures pour que ce ratio soit plus égalitaire, le cas non échéant.
  18. Sachez écouter. Ne croyez pas être capable de comprendre ce que les femmes vivent. Ne coupez pas votre interlocutrice en disant “mais cela arrive aux hommes aussi!” N’essayez pas d’évacuer ou de diminuer les préoccupations des femmes. Souvenez-vous qu’elles réagissent le plus souvent à une longue série d’incidents, petits ou grands.
  19. Enfin, si vous faîtes tout ce qui est listé ci-dessus, n’espérez pas un bon point ou une sucette. La plupart du temps, vos efforts ne seront peut-être pas reconnus voire seront mêmes méconnus. Continuez quand même à agir parce que ce n’est pas pour la reconnaissance que vous le faîtes. Vous le faîtes parce que c’est ce qu’il convient de faire.

N’hésitez pas à partager d’autres conseils ou idées dans les commentaires, ou votre expérience personnelle. Je remercie grandement un certain nombre de personnes sur Twitter qui ont contribué à cette liste.

* Ce poste fait l’hypothèse de l’existence du sexisme – que ce soit au niveau institutionnel ou individuel, qu’il soit appuyé ou pas, qu’il soit intentionnel ou pas. Ici n’est pas l’endroit pour débattre de cette réalité. Cette liste repose sur des expériences personnelles répétées vécues par moi-même et plusieurs de mes collègues femmes, ainsi qu’un nombre d’hommes qui ont été témoins de certains de ces comportements en pratique.

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