Réflexion | Reflection

Écrits – Femmes et pasteures, existe-t-il une incompatibilité théologiquement fondée ?

Femmes et pasteures,
existe-t-il une incompatibilité théologiquement fondée ?

Un petit panorama à travers les continents et les confessions rattachées au protestantisme

  

Dominique Gaurier

(Université de Nantes)

 

Si le débat semble être aujourd’hui à peu près clos au sein des différentes confessions rattachées au protestantisme quant à l’admission des femmes à la fonction de pasteur, tel n’a pas été toujours le cas et il a fallu attendre le XXe siècle pour que la question soit enfin clairement posée aux institutions ecclésiales protestantes. Nous avons dit « à peu près », car il existe encore aujourd’hui certaines confessions protestantes peu favorables au pastorat féminin, eu égard à une lecture et une interprétation littérales de la Bible, dans laquelle on ne lit jamais qu’une forme sacerdotale ou directrice ait été accordée à une femme. Et pourtant, il existe bien une femme, unique certes, Débora, qui fut reconnue comme juge en Israël, dont le cantique constitue sans doute l’un des plus ancien texte poétique conservé dans les écrits biblique [1]. Ces communautés restent de façon générale très conservatrices sur le plan général des mœurs et de la vie sociale.

A priori pourtant, l’admission des femmes au pastorat ne devrait pas véritablement poser de difficulté, dès lors que, depuis que Martin Luther avait dénoncé en Allemagne dans son Manifeste à la noblesse de la nation allemande la séparation entre clercs et laïcs [2], ainsi que le monopole que s’arrogeait Rome quant à l’interprétation des Écritures. Dans un autre écrit de Luther, De la liberté du chrétien [3], Luther affirmait clairement que tout chrétien est roi et prêtre, car Christ a partagé avec les hommes le sacerdoce, et ce sacerdoce des chrétiens est plus  important que la royauté terrestre, car il concerne la relation à Dieu et n’a pas besoin de l’intermédiation d’un prêtre comme le pense et le soutient l’Église romaine. Luther semble néanmoins avoir opéré une distinction  entre sacerdoce et ministère, le terme de sacerdos ou « prêtre » étant appliqué à tous les chrétiens, hommes ou femmes, tandis que le terme de « ministre » renvoie à des fonctions spécialisées. Le ministère répondrait alors à une nécessité pratique de la vie communautaire [4] et elle serait alors réservée à ceux qui ont été appelés par la communauté à prêcher publiquement et à administrer les sacrements [5].

Si l’on se tourne maintenant du côté de l’autre grande figure réformatrice qui fut celle de Jean Calvin, qui a beaucoup repris en la matière à la conception ecclésiale de Martin Bucer, le réformateur de Strasbourg, il envisageait clairement le pastorat comme une fonction ne pouvant être dévolue qu’à des hommes. Les ordonnances de Genève données en 1541, dès lors qu’elles ne parlent que des « pasteurs », n’évoquent jamais de femmes pouvant exercer cette fonction.

Il ne faut pas faire peser sur les épaules des grands réformateurs ce qui a longtemps été le poids des traditions sociales multiséculaires, fondamentalement patriarcales, car ils ont vécu dans une époque qui, de façon très générale, ne réservait à la femme, en tant qu’épouse, qu’une vie et un rôle à tenir uniquement à l’intérieur de la maisonnée. Ils n’étaient ainsi ni des révolutionnaires sociaux, ni des émeutiers appelant à renverser l’ordre social établi des choses, s’étant déjà contentés de donner une autre dimension à la vie chrétienne au contact direct des Écritures, ce qui n’est pas non plus tout à fait négligeable.

D’une certaine façon, on peut affirmer avec Michel Grandjean [6] que le sacerdoce postulé comme universel n’a jamais été que « semi-universel ». cependant, la Réforme avait généré les germes d’un changement tant au niveau de l’éthique, déjà en posant que  le mariage était une bonne chose en soi et en n’établissant plus de distinction entre chrétiens, à savoir entre clercs et laïcs, ces derniers étant relégués en seconde position face aux premiers. Toutefois, les femmes semblent avoir été les grandes oubliées du sacerdoce universel.

Pour commencer, on présentera un petit tableau et certaines figures anciennes que cette situation ne satisfaisait guère et, dans un second temps, comment les Églises rattachées à la Réforme n’ont réagi qu’assez tardivement face à cette anomalie.

 

  1. Images de femmes anciennes revendiquant cette universalité du sacerdoce [7]

Ces figures anciennes qui revendiquent l’universalité du sacerdoce ne sont pas légion. Trois figures importantes sont les exactes contemporaines de la Réforme. La première fut celle d’Argula von Grumbach, née von Stauffen en 1492 en Bavière et morte en juin 1568, écrivaine et réformatrice allemande, s’illustra par ses pamphlets dès 1523, qui furent les premiers écrits féminins en faveur de la Réforme. Tout comme Cataharina Zell, elle apprit à lire et à écrire en allemand sans être initiée cependant au latin. Après la mort de ses deux parents à la suite d’une épidémie de peste, alors que son oncle était lui-même exécuté un peu plus tard, elle fut obligée de se trouver un mari et, en 1516 , elle épousa Friedrich von Grumbach auquel elle donna une fille et trois fils. Dès 1520, elle se passionna pour les écrits de Luther et décida de prendre position en faveur de la Réforme après l’arrestation d’un professeur de l’université d’Ingolstadt qui s’était lui-même rallié à celle-ci. Ce fut alors qu’elle écrivit un violent pamphlet contre cette université, intitulé Wie ein Christliche Fraw des Adels ou Comment une femme chrétienne de la noblesse, la défiant d’organiser un débat, alors qu’elle ne se fondait sur aucun argument biblique pour condamner son professeur. Ce dernier fut alors diffusé dans tout l’Empire, ce qui la conduisit à produire de nouveau deux autres pamphlets dans lesquels elle dénonçait les pratiques du clergé, notamment à l’égard des femmes, qu’ils entendaient maintenir dans l’ignorance en leur proscrivant tout accès au savoir. Bien évidemment, de tels écrits suscitèrent aussitôt une ferme réaction et son mari fut démis de ses fonctions administratives. Ce dernier devint violent envers son épouse, lui interdit d’écrire, mais devait finalement mourir en 1529. Elle épousa en secondes noces un partisan des idées luthériennes en 1533, après avoir rencontré Luther à Cobourg. Son second mari devait mourir lui-même peu après leur mariage, elle perdit aussi ses trois enfants nés de ce second mariage, sa situation devenant dès lors difficile. Elle ne fit plus imprimer de textes, mais resta toujours attachée à ses convictions et entretint une abondante correspondance. Elle serait décédée en 1563 [8]. Ses écrits, qui furent au nombre de huit, connurent un vrai succès et firent l’objet de trente éditions, ce qui signifie qu’ils touchèrent plus de trente mille lecteurs. Elle n’adressa sa lettre à l’université d’Inglostadt que face au manque de réaction du réformateur Osiander, dont elle avait pourtant sollicité l’intervention, mais qui préféra s’en abstenir.

La seconde figure fut celle de Marie Dentière ou d’Ennetières, qui était née à Tournai et mourut à Genève en 1561. Marie Dentière fut d’abord prieure du couvent des sœurs augustines de l’abbaye de Saint-Nicolas de Tournai avant d’être très influencée par les écrits de Luther qui avaient atteint Tournai, et elle se convertit alors au luthéranisme. Cependant, dans une Flandre restée fondamentalement catholique, elle fut contrainte de fuir à Strasbourg en 1524, où se trouvaient déjà de nombreux autres réfugiés protestants. Elle y épousa un ancien curé augustinien, qui avait été lui-même membre du groupe de Meaux regroupé autour de l’évêque du Bellay. Après la mort de son mari, elle épousa en secondes noces un compagnon de Guillaume Farel et s’établit à Genève. En 1536, l’armée bernoise délivrait Genève de la pression qu’exerçait la Savoie et un document, resté anonyme, intitulé La guerre et deslivrance de la ville de Genève, longtemps attribué à son second mari, Antoine Froment, fut mais qui fut finalement reconnu pour avoir été rédigé par Marie Dentière elle-même [9]. Assez curieusement, ce furent des femmes qui s’opposèrent le plus farouchement aux opinions soutenues par Marie, à commencer par ses anciennes sœurs en religion de Tournai.

En mars 1539, Marie Dentière faisait imprimer à Genève une Epistre très utile faicte et composée par une femme Chrestienne de Tornay, Envoyée à la Royne de Navarre seur du Roy de France, Contre les Turcz, Juifz, Faulx chrestiens, Anabaptistes, et Libertins, sans doute à l’instigation de cette même reine de Navarre, avec en avertissement sur la page de titre « Lisez et puis jugez ». Inutile de dire que la majorité des 1.500 exemplaires furent aussitôt saisis par les autorités genevoises, tandis qu’Antoine Froment était convoqué devant le Conseil et que l’imprimeur de ce texte était jugé et emprisonné pour quelques jours.

Il faut bien dire que ce texte était une attaque directe contre les autorités genevoises car il dénonçait sans grand égard l’hypocrisie et la corruption du clergé de Genève. Par ailleurs, Marie y prônait, et c’est là ce qui nous intéresse, la participation active des femmes en matière de religion, affirmant que femmes et hommes étaient égaux au regard de leur capacité à entendre les textes sacrés, voire de prêcher. Une petite grammaire hébraïque avait d’ailleurs été jointe à cet ouvrage, rédigée par l’un des filles de Marie, Jeanne, « affin que désormais [les femmes] ne soyent en elles-mesmes ainsi tormentées et affiligées, ains plutost resjouyes, consolées et esmeues à suyvir la vérité, qui est l’Évangile de Jésus-Christ » [10]. Connaissant parfaitement les injonctions du droit canonique qui interdisaient aux femmes le droit d’enseigner aux hommes dans un couvent [11], allant encore plus loin, on la voit déclarer ainsi : « Avons-nous deux Évangiles, l’un pour les hommes, et l’aultre pour les femmes ? L’un pour les sages, et l’aultre pour les folz ? Ne sommes-nous pas un en nostre Seigneur ? Au nom duquel sommes-nous baptisez, de Pol ou d’Apollo, du Pape ou de Luther » [12]. Elle se prévaut enfin de grands exemples bibliques de femmes, telles Sarah, Rebecca, Jokébed, la mère de Moïse, Débora, Ruth, la Vierge, voire aussi les pécheresses comme la Samaritaine ou Marie-Magdeleine, qui toutes, avaient reçu la faveur divine à raison de leur foi et de leur doctrine, faisant valoir enfin que jamais une femme n’avait trahi Jésus, mais seulement un homme [13].

En passant, on peut signaler que ce fut là l’occasion de la mise en place de la censure réformée, car Marie Dentière fut condamnée au silence et aucun livre écrit par une femme ne sortira plus des presses genevoises durant tout le XVIe siècle. Elle fut ainsi dépeinte comme une sorte d’enragée qu’il fallait absolument faire taire.

La troisième figure, qui est contemporaine de celle de Marie Dentière, fut celle de Catharina Schütz, épouse Zell, née en 1498 et morte en 1562 à Strasbourg. Elle eut la chance d’apprendre à lire et à écrire et se montra intéressée par la Bible latine que son père avait achetée, ayant obtenu de ce dernier le droit de la lire, bien que peu formée au latin. Adhérant vers 1521 ou 1522 à la doctrine de Luther dont elle avait lu les écrits, passionnée par les sermons que donnait dans la cathédrale Matthäus Zell en tant que curé, elle accepta de se marier avec lui et fit bénir son union par Martin Bucer en décembre 1523. Catharina eut même l’audace de féminiser le mot allemand Apostel ou apôtre en Apostlin. Toutefois, les relations entre Bucer et Catharina Zell ne furent pas toujours cordiales ou idylliques, d’autant que, dans les lettres que le réformateur adressa à Marguerite et Ambroise Blaurer entre 1533 et 1534, il reprochait à cette dernière notamment deux principales choses : (1) d’abord, la trop grande tolérance qu’elle avait à l’égard des dissidents, et notamment vis-à-vis de Caspar Schwenckfeld (1489-1561), qui finira par nier l’appartenance à l’humanité de Christ et qui fut condamné pour cela en 1540 par les réformateurs [14], d’autant qu’elle était en plus suspectée de détourner son époux de prêcher en faveur de l’unité de l’Église ; (2) puis, un reproche véhément était fait contre l’influence que Catharina était accusée d’exercer sur son époux, ce dernier étant réputé « gouverné par sa femme », une personne qualifiée par Bucer de « déchaînée qui s’aime [trop] elle-même » dans une lettre du 16 novembre 1533. Bref, l’attitude générale de Bucer semble avoir été pour le moins mitigée, car il reconnaissait aussi les qualités de Catharina et se soucia d’elle après son veuvage.

En somme, Strasbourg semble avoir tenu une place essentielle dans la diffusion des idées répandues par ces trois femmes, car la cité avait constitué une place relativement plus ouverte que d’autres à l’expression des idées, fussent-elles non conformes avec les réalités de la vie sociale traditionnelle, chose qui ne devait cependant pas durer au-delà de la seconde moitié du XVIe siècle, où des remises en ordre furent entreprises pour faire taire les voix dissidentes et provocatrices et notamment celles des femmes. Il faut également signaler que le nom de Marie Dentière a été inscrit sur le mur des fondateurs de la Réforme à Genève, certes tardivement, mais désormais sûrement.

 

  1. Le silence contraint des femmes avant de voir réapparaître leurs revendications au pastorat

Au XIXe siècle, quelques autres grandes figures féminines devaient à leur tour interroger les sociétés tant politiques que religieuses sur l’exclusion systématique des femmes de tout poste de responsabilité. On ne pourra les citer toutes, bien évidemment, mais nous n’en retiendront que celles qui sont d’inspiration protestante, même si cette dernière n’a pas toujours été clairement mise en avant.

Avec la personne  d’Eugénie Niboyet (1796-1883) [15], qui fut une grande figure du féminisme, nous avons une femme qui fut rattachée par ses origines au protestantisme, dès lors que son grand-père, Pierre Mouchon avait été lui-même un pasteur de l’Église protestante genevoise. Très attachée aux bonapartistes face à la restauration des Bourbons sur le trône de France, elle participa à un concours de la Société de la morale chrétienne, une organisation protestante, sur le thème Des aveugles et de leur éducation. Elle partagea le premier prix avec Pierre-Armand Dufau. Elle rejoignit cette même société et s’impliqua dans de nombreux projets, notamment la réforme des prisons, à l’occasion de quoi elle put rencontrer l’activiste anglaise Elizabeth Fry, mais aussi sur l’amélioration de l’éducation et l’abolition de l’esclavage. En 1848, elle créa un journal exclusivement consacré aux femmes et à leurs droits, La voix des femmes. Elle put ainsi rassembler autour d’elles plusieurs autres femmes dans le combat féministe. Sans doute ne réclama-t-elle jamais directement l’accès des femmes au pastorat protestant, mais on peut affirmer sans trop s’avancer que la chose en tant que telle ne lui aurait certainement pas déplu, si son combat avait été orienté sur cette question.

Une autre figure remarquable vient des Etats-Unis : il s’agit de Sarah Moore Grimké (1792-1873) [16], originaire de la Caroline du Sud et appartenant à une riche famille de planteurs, s’installa à Philadelphie en Pennsylvanie en 1820, où elle se rattacha à la communauté Quaker, dont elle fut l’une des ministres, avant d’être finalement mise dehors par un conseil communautaire dominé par les hommes. Elle participa très activement au mouvement abolitionniste avec sa plus jeune sœur et fut une féministe attachée à la défense des droits des femmes. Lors de la guerre civile américaine, elle écrivit et soutint le président Abraham Lincoln dans son combat contre l’esclavage. Ses vues sur les droits des femmes étaient enracinées dans la Bible elle-même, et, par rapport au récit traditionnel rapporté dans le livre de la Genèse, elle était persuadée qu’Adam et Ève avaient été créés par Dieu de façon égale. C’est en 1838 qu’elle publia l’un de ses ouvrages les plus marquants avec ses Lettres sur l’égalité des sexes ou Letters on the Equality of the Sexes [17], dans lesquelles elle défend que « Dieu nous a créés égaux » et que « c’est à lui seul que la femme est soumise ». En conséquence, « il est du devoir de chaque individu de sonder les Écritures pour elles-mêmes, avec l’aide du Saint-Esprit, sans se laisser diriger par les opinions d’un homme, quel qu’il soit ». Elle constate alors que le Sermon sur la montagne, que l’on trouve dans Mt. 5, est adressé aussi bien aux hommes qu’aux femmes, dès lors que les femmes sont appelées à être de même « la lumière du monde », rien ne s’opposant ainsi à ce qu’elles puissent également assumer une fonction pastorale.

Il a fallu cependant attendre encore près d’un siècle avant que les digues se rompent au sein des diverses confessions protestantes et que les femmes soient enfin admises au pastorat, malgré la subsistance de certaines réticences ou résistances. Cela ne se fit donc que progressivement, mais dès lors, résolument.

Il faut dire que, hormis la confession anglicane qui a conservé la prêtrise de façon assez proche de celle du catholicisme, cette prêtrise a été abolie une fois pour toutes dans l’ensemble des autres confessions protestantes, car il y est postulé de façon générale que seul Jésus-Christ en est le prêtre et que son sacrifice reçu par le supplice de la croix ne peut plus être reproduit par quelque prêtre que ce soit. Le pasteur ou la pasteure n’est donc pas un prêtre ou une prêtresse et, comme le dit Luther, il ou elle n’est jamais qu’un ou une ministre assumant une fonction spécialisée au service d’une communauté.

Il faut toutefois distinguer selon que l’on se trouve face à des Églises d’État ou non.

Au sein des Églises d’État, comme dans les pays scandinaves ou dans le Royaume-Uni, pays dans lesquels ces Églises sont longtemps restées « établies » ou le sont encore, c’est dès le milieu du XXe siècle que les parlements ont voté l’accession des femmes au pastorat ou à la prêtrise, et plus récemment, à l’épiscopat, ou bien dans des Églises sans lien avec l’État. L’État a donc ainsi accompagné les réalisations de l’égalité des sexes en prenant en compte les valeurs féministes au niveau politique.

On constate ainsi en Suède une tradition égalitaire, car le protestantisme y est jugé contenir en lui-même des facteurs favorables aux avancées égalitaristes, qui tiennent tant à son rapport avec la modernité qu’à sa compréhension des Écritures et des traditions. En Suède, vers 1980, tandis que  le synode général tend à devenir  plus compétent en matière de législation ecclésiastique, depuis que l’Église suédoise a été désétablie et n’est devenue plus qu’une communauté religieuse enregistrée, c’est de ce synode seul que dépendent notamment les questions liées aux fonctions ecclésiastiques.

Au Danemark, où la religion d’État reste en vigueur, c’est le parlement qui reste compétent pour légiférer sur les matières ecclésiastiques, les ministres relevant de la fonction publique, les femmes y étant désormais admises sans réserve aucune.

En Norvège, la question du pastorat féminin fut posée dès 1901, mais sa reconnaissance légale devait attendre juin 1956, car les résistances tant des évêques que des facultés de théologie étaient fortes. Ce ne fut qu’en 1961 que fut consacrée pasteure la première femme.

En Angleterre, où l’Église anglicane a le statut d’une église établie depuis le XVIe siècle, diverses avancées sociales et politiques tant en faveur de l’égalité salariale (Equal Pay Act en 1970) que de non-discrimination sexuelle (Sex Discrimation Act en 1975), l’Église d’Angleterre est de plus en plus soumises aux pressions égalitaires venues de la société. Dès 1918, alors que les femmes obtiennent l’accès au vote et ont laissé une trace par le travail qu’elles accomplirent durant les années de guerre, une résolution de l’Église avait permis aux femmes qui en avaient la compétence, dans un état d’urgence causé par le besoin de ministres, « à prendre la parole lors d’assemblées paroissiales,  à assumer les prières d’intercession, à prononcer des sermons, lire les lectures et aider en d’autres domaines, lors de services non liturgiques, dans les lieux consacrés sous l’autorisation de l’évêque » [18]. En 1920, la Conférence de Lambeth incitait à l’admission des femmes dans les instances du conseil de l’Église ainsi qu’à la réhabilitation du diaconat des femmes (depuis la suppression des ordres religieux féminins au XVIe siècle au sein de l’anglicanisme), seul reconnu avoir obtenu le sceau de l’approbation apostolique. Cela conduisit alors à ne pas reconnaître l’ordination dans l’Église de Hong-Kong de Florence Li Tim-Oi en 1944.

Ce ne fut qu’en 19678 que la Conférence de Lambeth, constatant l’incertitude théologique sur la matière, lança une réflexion en vue d’une prise de décision au sein des communautés anglicanes sur la participation des femmes aux fonctions religieuses. Par la suite, le synode anglican de Hong-Kong et de Macao autorisa en 1970 l’ordination des femmes à la prêtrise, sans âge minimum ni obligation de célibat, décision qui fut approuvée par le Conseil consultatif anglican en 1971. En 1978, la Conférence de Lambeth prit acte de l’ordination des femmes dans l’Église anglicane et, en 1988, de celle de l’épiscopat des femmes. Cependant, dès lors qu’il s’agit d’une Église établie sous le contrôle de la Couronne anglaise et du Parlement, il fallut attendre la loi du 11 novembre 1992 pour que soit enfin admise légalement l’ordination des femmes à la prêtrise, et ce, malgré des oppositions qui se fondaient sur la pratique bi-millénaire du sacerdoce exclusivement masculin et une interprétation stricte de la Bible, qui voit en l’homme de chef de la femme. Nous nous souvenons personnellement d’avoir assisté dans le cours des années 1980 à un tel débat au sein de l’ Église anglicane du Pays de Galles, qui est toutefois une Église désétablie depuis une loi remontant à 1914, où, bien que le débat soit resté très ouvert, nous avions pu constater une forte résistance de certains clercs face à l’admission des femmes à la prêtrise, toutefois sans jamais argumenter à partir de fondements bibliques et théologiques, si ce n’est en se fondant sur la seule tradition et la vraie crainte de voir disparaître, par le biais d’une féminisation des fonctions ecclésiastiques, le poids des hommes jusqu’ici prédominant au sein de l’Église. Cette admission poussa d’ailleurs certains clercs de l’Eglise anglaise à demander leur rattachement à Rome.

Quant à l’admission à l’épiscopat des femmes, le débat fut vraiment lancé à la demande du Synode général en juillet 2000, qui sollicitait une étude théologique sur la question, et à la suite d’un  Rapport présenté par le groupe de travail de la Chambre des évêques. On peut résumer en gros les arguments en faveur de l’épiscopat des femmes autour de la constatation que les écrits bibliques n’y sont pas opposés et que l’on a mal interprété le contenu de la Bible sur la primauté des hommes ; par ailleurs, les réalités socio-culturelles présentes soutiennent cette idée qui semble bien acceptée dans l’Église d’Angleterre. Face à cela, les arguments opposés tournent eux aussi sur certains textes pauliniens qui ne sont pas favorables aux ministères féminins et surtout, le fait que la différenciation des sexes ordonne la soumission justifiée par la tradition de la femme à l’homme, enfin que Jésus-Christ ne pouvait être représenté que par un homme [19]. Un projet de mesure relatif à cette question fut approuvé par 42 diocèses sur 44, mais il a été invalidé par la chambre des laïcs du synode général de l’Église d’Angleterre en 2012. Finalement, ce fut en 2014 que la législation relative à l’épiscopat des femmes fut acceptée.

Au sein des confessions non liées à l’État, les décisions ne dépendent ainsi que des seules autorités religieuses. On sait que, dès le XIXe siècle, au sein de l’Église congrégationnaliste, une femme accédait aux fonctions ministérielles en 1853. Au sein des confessions protestantes, le dynamisme en faveur de l’égalité des sexes a trouvé un écho très favorable, après être restées attachées à une vision plus traditionnelle qui interdisait aux femmes le prêche et les révélations, notamment à la suite de la révolte des Camisards qui avait vu surgir des prophétesses à l’occasion de plusieurs synodes au cours du XVIIIe siècle.

L’admission des femmes s’est alors faite par paliers, comme le montre bien Jean-Paul Willaime [20], allant de la reconnaissance du ministère féminin, puis du ministère spécialisé, puis du ministère pastoral sous conditions et enfin sans conditions. Au sein de l’Église réformée, la réflexion s’est engagée à cet égard dès 1905 à l’occasion d’un synode de l’Ouest, qui évoqua l’idée d’un ministère spécifique de la femme complémentaire et secondant le pastorat. En 1916, un autre synode mit au point un texte concernant les diaconesses de paroisse, les lectrices de la Bible et les femmes évangélistes. Puis, en 1918-1919, le synode du Bas-Languedoc et de Provence formulait un vœu en faveur du pastorat féminin [21].

La Synode national lance alors en 1930 une réflexion sur la reconnaissance des ministères et du pastorat féminins. En 1943, fut ainsi reconnu le poste d’assistante de paroisse, resté toutefois distinct du pastorat. En 1949, le Synode de Paris-Saint-Esprit reconnut la pastorat féminin mais de manière exceptionnelle et à condition que la femme ne soit pas mariée. Mais le synode national, la même année, consacrait pasteure de l’Église de Sète Élisabeth Schmidt, bachelière en théologie, qui disposait déjà d’une expérience pastorale et était par ailleurs célibataire. Le critère du célibat, considéré comme particulièrement discriminatoire, fut supprimé seulement en 1966 et les femmes, mariées ou non, aussi bien que les hommes, purent ainsi accéder à la fonction pastorale dès lors qu’elles justifiaient de la formation théologique requise. L’Église réformée d’Alsace-Lorraine l’admit également en 1968.

En Alsace-Moselle, l’Église de la Confession d’Augsbourg admettait en 1948 un pastorat féminin circonstancié, nommé par le Directoire après avis de l’Inspecteur ecclésiastique compétent, mais sans cependant reconnaître un pastorat féminin autonome. Ce ne fut qu’en 1970 que cette Église admit le pastorat féminin, tout en conservant la mention d’un choix de ministère en adéquation avec la nature féminine [22].

Pour ce qui intéresse les Églises luthériennes, c’est dès 1920 qu’elles admirent le pastorat féminin dans les Pays-Bas, le mouvement s’étendant progressivement par la suite aux différents pays européens, puis africains et asiatiques dans les années 1970. Dans la Déclaration de Lund de mars 2007, la Fédération luthérienne mondiale insiste sur son engagement en faveur de l’ordination des femmes, certaines communautés luthériennes ayant aussi des femmes ayant accédé à l’épiscopat.

Qu’il s’agisse du protestantisme dans ses différentes approches cultuelles ou confessionnelles ou du judaïsme réformé, l’accès progressif des femmes aux ministères cultuels a toujours mis en avant la forte affirmation de l’égalité des sexes et des droits égaux des femmes. Si celles-ci ont dû lutter pour faire reconnaître déjà leurs simples droits politiques à égalité avec les hommes, si les interprétations théologiques des écrits sacrés se sont longtemps appuyées sur le caractère divin, donc a priori intangible, de ce qui a été trop longtemps encore une fois perçu comme étant la Loi de Dieu plutôt que celle des hommes, doublée certes de la seule tradition des hommes défendue par les seuls hommes, les évolutions et les demandes sociales pour une égalité effective entre hommes et femmes ont ainsi conduit les différentes Églises protestantes à ne plus s’opposer à un ministère qui, depuis les débats initiaux, est passé dans les mœurs sans crise. Le ministère pastoral féminin y est aujourd’hui accepté partout sans aucune résistance, si ce n’est peut-être parfois au sein de certaines communautés dites « évangéliques », pas toutes cependant, restées plus conservatrices et très traditionnelles dans leurs conceptions des rapports entre hommes et femmes et dans leur interprétation très littérale des textes bibliques.

Si, apparemment, la question de la féminisation des fonctions ministérielles dans les communautés religieuses semble rester sans vraie solution au sein du catholicisme, des églises rattachées aux différents courants de l’orthodoxie, du judaïsme rabbinique traditionnel ou encore de l’islam, il ne faut pas passer sous silence tout le travail réalisé par différents chercheurs. Il suffit de voir la place qu’occupe aujourd’hui la rabbine Delphine Horvilleur au sein du mouvement juif libéral en France, encore acceptée avec certaines réticences certes par ses collègues masculins, mais pourtant très présente par les ouvrages de très grande qualité qu’elle propose.

Il ne faut pas omettre non plus les remarquables travaux, cependant malheureusement trop souvent laissés de côté par nos élites intellectuelles ou autres, complices malgré elles par leur méconnaissance assez effroyable du sujet, faits par de nombreux intellectuels musulmans, comme Abdennour Bidar, Malek Chebel, plus anciennement, le très grand Mohammed Arkoun, ou encore Abdelmedjid Charfi en Tunisie et bien d’autres. Tous ont proposé et continuent sans relâche de proposer une réflexion très riche sur le renouvellement de la pensée islamique détenue en otage par les auteurs bien vus et considérés par les autorités facultaires ou politiques pour savoir seulement tenir un beau langage à défaut d’offrir toujours de bonnes idées, mais qui ne peut cacher la médiocrité du fond de leur propos et l’influence délétère des prédicateurs wahhabites ou encore des Frères musulmans très en vogue dans bien des pays musulmans actuels. Il suffit de voir la réaction qu’a eue il y a peu un responsable de l’islam marocain face à l’enseignement de la philosophie dans les universités : cette dernière est à ses yeux considérée comme une science du diable ! En outre, les pouvoirs politiques y sont objectivement complices de ces tendances rivées sur un passé sans avenir, sans doute tétanisés par la peur de perdre les prébendes d’un pouvoir qui est exercé à leur seul profit et qui se sait alors contraint de composer pour le conserver avec ces tendances peu éloignées d’une forme d’extrémisme religieux et avec la pleine participation des autorités religieuses locales. Et pourtant, nombreux sont les gens qui travaillent à la réévaluation du message de l’islam en accord avec les exigences de la pensée critique et rationnelle contemporaine, mais on ne les entend guère et on ne leur fait guère de place face à ceux dont on pense qu’ils ont la cote auprès des jeunes, le plus souvent par simple manque de culture critique et un désir de se rattacher à une autorité reconnue. Des jeunes femmes musulmanes, prônant divers féminismes islamiques[23], commencent même à se battre pour faire reconnaître leurs capacités théologiques à égalité face au pouvoir traditionnel et exclusif des hommes dans les mosquées, d’autant que les sociétés modernes revendiquent plus fortement aujourd’hui cette égalité pour les femmes dans tous les domaines, même religieux.

De même, au sein de l’Église épiscopalienne américaine, des prêtres se battent aujourd’hui en faveur des gays, lesbiennes et transgenres[24], sachant bien qu’ils risquent peut-être de perdre leurs fonctions, mais acceptent néanmoins ce risque. Au sein de la communauté catholique romaine, quelques clercs n’osent pas encore affirmer ouvertement leur désaccord avec leur hiérarchie tant sur le plan de la féminisation des fonctions ecclésiastiques que sur la possible admission non seulement des femmes, mais aussi des gays, lesbiennes, voire transgenres, à ces mêmes fonctions ou au moins, dans cette attente, aux sacrements de l’Église catholique pour ces derniers[25]. Sans doute des progrès sont-ils en voie d’être mis en œuvre, mais la route reste néanmoins bien longue à parcourir pour voir poser clairement et ouvertement de telles questions. Les communautés orthodoxes semblent encore beaucoup plus réticentes.

Il est donc urgent de donner non seulement la parole à ces esprits d’ouverture, mais aussi de ne plus concentrer sur les seules figures jugées particulièrement « médiatiques » en ouvrant la porte à ceux qui ont le tort de trop déranger des situations bien installées et très convenues. Il est dommage que nos « élites » intellectuelles ou politiques n’aient pas pris la vraie mesure, par méconnaissance totale sans doute du fait religieux sous tous ses aspects, des renouvellements qui sont en germe à travers la parole de ceux qui osent parler et écrire, préférant se reposer de façon assez paresseuse sur ce qui leur paraît être le discours des institutions ou de ce qui peut en tenir lieu. La presse peut ici jouer un grand rôle en relayant leurs travaux, mais aussi les universités de tous les pays en proposant une vision critique des sciences religieuses et principalement de leur méthode d’interprétation des textes qu’elles pensent être sacrés à leurs yeux.

 


[1] Cf. Jug. 5, 2-31.

[2] Cf. Martin LUTHER, Œuvres, éd. La Pléïade, Paris 1999, t. I, p. 591-673.

[3] Cf. Martin LUTHER, Œuvres, op. cit., p. 839-863, plus particulièrement p. 848.

[4] Cf. Martin LUTHER, Manifeste à la noblesse de la nation allemande, in Œuvres, op. cit, t. I, p. 637

[5] Cf. Martin LUTHER, Prélude sur la captivité babylonienne, in Œuvres, op. cit., t. I, p. 811.

[6] Cf. Michel GRANDJEAN, « Sacerdoce semi-universel », in Réforme n° 3726 du 26 octobre 2017, p. 12.

[7] Cf. Anne-Marie HEITZ, « Strasbourg et les femmes publicistes du XVIe siècle », in Revue d’Alsace, n° 134, 2008, p. 169-193.

[8] Ses textes ont été réédités en version anglaise par Peter MATHESON, Argula von Grumbach : A Woman’s Voice in the Reofrmation, Edimburgh, T . & T. Clark, 1995.

[9] Cf. Isabelle GRAESSLÉ, « Vie et légendes de Marie Dentière », in Bulletin du Centre protestant d’études, vol. année 55, n° 1, 2003, p. 10-11.

[10] Extrait de l’envoi cité par C. SKENAZI, « Marie Dentière et la prédication des femmes », in Renaissance et Reformation, vol. 21, n° 1, 1997, p. 5-18.

[11] Cf. Décret de Gratien, I, d. XXIII, c. 29 : (notre traduction du latin) « Qu’une femme, quoique savante et sainte, ne présume pas enseigner des hommes dans un couvent. [Qu’un laïc, en présence des clercs (si ce n’est ceux-ci le demandant) n’ose pas enseigner] ».

[12] Epistre …, cité de même par C. SKENAZI in « Marie Dentière et la prédication des femmes ».

[13] Cf. l’extrait de l’Epistre donné par Annie NOBLESSE-ROCHER dans E.T.R., Textes réformateurs inédits, t. 92, 2017/1, p. 253-255.

[14] Cf. André SÉGUENNY, Homme charnel, homme spirituel : étude sur la christologie de Caspar Schwenckfeld, Wiesbaden, Steiner, 1975.

[15] Cf. Geneviève POUJOL, Un féminisme sous tutelle : les protestantes françaises 1810-1860, Éditios de Paris, 2003.

[16] Cf. Pamela R. DURSO, The Power of Woman : The Life and Writings of Sarah Grimké, Mercer University Press, 2003.

[17] La version française de cet ouvrage majeur a été donnée par Michel GRANDJEAN, Lettres sur l’égalité des sexes, Labor et Fides, Genève, 2016.

[18] Repris de Jean MERCIER, Des femmes pour le Royaume de Dieu, Albin Michel, Paris 1994, p. 57.

[19] On peut retrouver de façon plus développée l’ensemble de cet argumentaire dans l’ouvrage de Lucie VEYRETOUT, L’admission des femmes aux fonctions cultuelles. Une question de droit(s), Presses universitaires de Strasbourg, 2016, p. 161-162.

[20] Cf. Jean-Paul WILLAIME, « L’accès des femmes au pastorat et la sécularisation du rôle du clerc dans le protestantisme », in Archives des  sciences sociales des religions, 1996, p. 35 et 40 ; du même auteur, « Les pasteures et les mutations contemporaines du rôle du clerc », in Clio, 15, 2002, p. 72.

[21] Cf. Martine MILLET, « Le ministère pastoral des femmes dans le protestantisme français », in Jean DELUMEAU, La religion de ma mère. Le rôle des femmes dans la transmission de la foi, Cerf, paris 1992, p. 346-347.

[22] Cf. « Cultes protestants – Textes commentés », in JurisClasseur Alsace-Moselle, fasc. 233, 2005.

[23] Cf. Zahra Ali, Féminismes islamiques, La fabrique éditions, paris 2012.

[24] De même, il existe depuis quelques années une première mosquée « gay-friendly » à Paris, dirigée par un imam lui-même homosexuel. Voir http://www.homosexuels-musulmans.org/Mosquee-inclusive-progressiste-du-TAWHID.html. D’autres mosquées inclusives existent ailleurs dans le monde anglophone.

[25] Le Pape François a récemment accepté de former une commission sur la question de l’accès au diaconat pour les femmes ; cf. http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/05/12/le-pape-francois-ouvre-la-voie-du-diaconat-aux-femmes-dans-l-eglise_4918505_1653130.html.

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