Portrait

Portrait: Diane Roman

 

diane-roman

Diane Roman

Professeure de droit à Université François-Rabelais, Tours
Membre de l’Institut universitaire de France

http://www.diane-roman.fr/

[EN below]

  • Pourquoi travaillez-vous dans les études (juridiques) féministes, genre, LGBTQIA etc.? Quel est le déclic qui vous y a amené-e?

Le programme REGINE (www.regine.u-paris10.fr), que je codirige avec mes collègues S. Hennette Vauchez et M. Pichard est né du constat du retard des études juridiques françaises sur les questions de genre. Si l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes avait fait l’objet de travaux par des spécialistes de droit du travail, il faut bien prendre la mesure du décalage entre le dynamisme de ces recherches dans les facultés de droit étrangères et la situation française. D’où notre programme, lancé en 2011 avec le soutien de l’ANR qui nous a permis d’aborder les liens entre droit et genre dans une perspective comparée : comparaison France/expériences étrangères, mais aussi comparaison entre les différentes branches du droit. La nouveauté de l’entreprise nous a offert une grande liberté intellectuelle : repenser les frontières entre disciplines (public/privé), repenser aussi la méthode de travail propre aux juristes, articuler pédagogie et recherche… Ce fut un vrai travail d’équipe, très stimulant intellectuellement et très riche humainement !

  • Quels sont les enjeux et les obstacles de votre recherche dans ces domaines?

Les enjeux de l’analyse féministe du droit sont immenses, et on voit bien les réactions qu’elle suscite : l’opposition à ce que certains appellent « la théorie du genre » repose sur beaucoup de malentendus, mais aussi sur une hostilité à l’égard de toute approche critique du droit. Il y eut donc beaucoup de défis à relever, le premier étant de contrer l’objection de militantisme qu’on oppose souvent aux recherches conduites sur le genre et l’égalité entre les femmes et les hommes. L’ampleur des publications issues du  programme REGINE (trois ouvrages collectifs à ce jour, une chronique annuelle au recueil Dalloz, des dizaines de publications individuelles) a contribué à ancrer dans le paysage juridique français les études de genre. Qu’on soit d’accord ou pas avec les travaux menés, ils constituent désormais une référence incontournable.

  • Quels sont vos projets de recherche futurs?

Dans la lignée de mes travaux antérieurs en matière de droit social et de droit de la santé, je souhaite continuer à travailler à l’articulation des questions de justice sociale et de théorie féministe : les questions de care et de vulnérabilité me paraissent très importantes pour redécouvrir les notions bien connues des juristes de consentement, d’autonomie, de liberté ou d’égalité.

  • Une citation ou une oeuvre d’un-e auteur-e féministe, genre, LGBTQIA etc. (ou critique) que vous voudriez faire découvrir?

Les juristes féministes sont à l’origine de nombreux travaux extrêmement féconds et souvent passionnants (et j’ai une particulière admiration pour Hilary Charlesworth, Martha Fineman ou Joan Williams). Difficile de sélectionner quelqu’un-e en particulier ! En m’appuyant sur mon expérience personnelle, et le cheminement intellectuel qui m’a conduite à m’intéresser à ces questions, je pourrais pourtant mentionner ici un ouvrage non juridique dont la lecture fut déterminante et m’ouvrit les yeux sur l’intérêt des études de genre : il s’agit de la recherche de Barbara Ehrenreich et Deirdre English For Her Own Good: Two Centuries of the Experts Advice to Women, parue en 1978 (et malheureusement non traduite en français). Les auteures montrent comment au XIX et XXe siècle, le pouvoir médical a constitué son emprise sur le corps des femmes et l’expérience de maternité. Une lecture fascinante !

Et peut être pourrait-on conclure par une citation de juriste : celle du juge Pinto de Albuquerque, dans une opinion concurrente rendue dans un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme VALIULIENĖ v. LITHUANIA, du 28 juin 2013 : « the full effet utile of the European Convention on Human Rights (the Convention) can only be achieved with a gender-sensitive interpretation and application of its provisions which takes in account the factual inequalities between women and men and the way they impact on women’s lives ».


  • Why do you work in the field of legal feminist, gender, LGBTQIA etc. studies? What reason or defining moment led you to these fields of research?

REGINE (www.regine.u-paris10.fr), which I co-direct with my colleagues S. Hennette Vauchez and M. Pichard, is a research programme born out of the alarming observation that gender approaches to law were still lagging behind in France. While professional equality between women and men have been studied by labor law scholars, this research has been much less dynamic in French law schools thanabroad. Hence the idea of starting REGINE in 2011, thanks to the support of the French National Research Agency (ANR). REGINE enabled us to investigate the relationship between gender and law in a comparative perspective: comparison between France and foreign experiences as well as comparisons between the various branches of law. Because of its novelty, this initiative allowed us to free ourselves intellectually and demanded that we revisit the disciplinary boundaries (public/private) and legal methodologies, as well as link pedagogy together with research… It was genuine teamwork, very intellectually stimulating and humanly enriching!

  • What are the stakes and the challenges that you face in your research in these areas?

Feminist approaches to law face immense challenges as we see the types of reaction they provoke. “The theory of gender” (théorie du genre) as it is called by some of its detractors relies on various misunderstandings and on a rejection of critical approaches of law.  There were indeed many challenges to overcome: first, we had to counter the accusations of activism that gender and equality-focused research is traditionally met with; the breadth of publications under REGINE (3 collective books, an annual editorial in the Recueil Dalloz, tens of individual papers) contributed to settle gender studies in French legal research. Whether one agrees or not with said research, it is now part of the canon.

  • What are your future research projects?

Following up on my previous research on labor law and health law, I wish to continue working on the links existing between issues of social justice and feminist theory: care and vulnerability are key notions to rediscover the well-known legal notions of consent, autonomy, freedom or equality.

  • Please share a quote or the title of a piece by a feminist, gender, LGBTQIA etc. (or critical) studies author you would like others to get to know.

Feminist legal scholars have produced very fruitful and engaging research (I particularly admire Hilary Charlesworth, Martha Fineman and Joan Williams). It’s quite difficult to only select one! Against the background of my personal experience, and of my own intellectual development, I will mention a book which, while not being about the law, was key for me as it made me aware of the importance of gender studies: I am thinking of Barbara Ehrenreich and Deirdre English’s For Her Own Good: Two Centuries of the Experts Advice to Women, published in 1978 (and unfortunately not yet translated into French). The authors show how medical authorities established control over women’s bodies and the experience of maternity. Truly a fascinating read !

I could also quote a lawyer : Judge Pinto de Albuquerque in his concurring opinion to the VALIULIENÈ v. LITHUANIA European Court of Human Rights case of 28 June 2013: « the full effet utile of the European Convention on Human Rights (the Convention) can only be achieved with a gender-sensitive interpretation and application of its provisions which takes into account the factual inequalities between women and men and the way they impact on women’s lives ».

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